Avant le cinéma, il y a eu la compétition.
Dans les années 1980, Patrick Pittavino n’envisage pas encore les plateaux de tournage. Il travaille des chiens de dressage sportif, prépare des concours, enchaîne les entraînements et développe une clientèle fidèle. Son quotidien est rythmé par l’exigence technique, la précision des exercices et la recherche de performance. Le cinéma n’est alors ni un objectif, ni même une ambition.
Le premier contact avec un tournage survient presque par hasard, vers 1985-1986. Un ami dresseur, André Noël, figure reconnue du milieu, lui demande de venir en renfort sur le film Napoléon et Joséphine, avec Anthony Perkins. L’expérience est enrichissante, mais ponctuelle. Patrick retourne ensuite à son activité principale.
Le véritable tournant intervient quelques années plus tard avec L’Ours de Jean-Jacques Annaud. Le projet change d’échelle : quatorze chiens à préparer, un travail approfondi, un tournage en Italie et en Autriche. L’univers du cinéma se révèle alors dans toute sa complexité et son intensité.
Après Didier, d’Alain Chabat, la décision est prise. Le cinéma ne sera plus une parenthèse. Patrick s’y consacre pleinement.
Depuis, plusieurs centaines de productions ont fait appel à son expertise. Mais derrière l’ampleur du parcours, une conviction demeure : travailler avec un animal pour le cinéma ne relève pas uniquement du dressage. C’est un métier à la croisée du vivant et de la mise en scène, où la passion doit s’accompagner d’une compréhension fine du plateau.
Comprendre le plateau pour mieux diriger l’animal
À première vue, on pourrait croire que le cœur du métier de coordinateur animalier repose sur la technique. Pourtant, pour Patrick Pittavino, la réalité est tout autre.
« Le dressage, ce n’est même pas 50 % du travail. Les 50 % les plus importants, c’est la connaissance du cinéma. »
Une phrase qui résume à elle seule une carrière.
La maîtrise des rouages d’un tournage
Lorsqu’une production contacte l’Équipe Pittavino Leloup, la première étape n’est pas technique. Elle est stratégique.
Qui appelle ?
Le metteur en scène ? Le producteur ? Le directeur de production ? Le premier assistant ? Chacun n’intervient pas au même niveau, n’a pas les mêmes contraintes, ni les mêmes marges de décision. Comprendre cela, c’est déjà entrer dans le film.

Au fil des décennies, Patrick Pittavino a appris à lire un plateau avant même d’y poser un chien : anticiper les attentes, analyser les rapports de force, comprendre le langage du cinéma. Car sur un tournage, le travail animalier ne peut être isolé. Il s’inscrit dans un découpage précis, une mise en scène, un calendrier serré, un budget déterminé.
L’expérience comme socle
Un chien peut exécuter un exercice en environnement neutre. Mais saura-t-il le reproduire sous projecteurs, au milieu d’une équipe technique en mouvement ?
Chaque scène demande une préparation spécifique : parfois plusieurs mois, parfois quelques jours seulement. Il n’existe aucune règle immuable. L’adaptation est permanente.
Lorsque le scénario impose une race précise, l’équipe s’organise en conséquence. Dans d’autres cas, elle peut proposer des solutions réalistes et créatives, en tenant compte des capacités des chiens disponibles et des contraintes de production.
Cette capacité de conseil repose sur une vision globale du cinéma, bien au-delà du simple dressage.
La confiance, un capital essentiel
Dans un environnement où chaque minute a un coût, la fiabilité est déterminante. Au fil des années, l’Équipe Pittavino Leloup a construit une réputation fondée sur la rigueur et la constance. Cette crédibilité repose sur un principe simple : la confiance :
- confiance dans la préparation ;
- confiance dans la sécurité ;
- confiance dans la capacité à proposer des solutions adaptées aux exigences artistiques.
Travailler avec un animal pour le cinéma ne consiste pas à obtenir une performance. Il s’agit d’intégrer un être vivant dans un dispositif complexe, en respectant à la fois l’exigence du film et l’équilibre de l’animal.
Refuser parfois pour mieux créer
Un positionnement affirmé
Dans un secteur où la pression des délais et des budgets peut être forte, savoir dire non est parfois la décision la plus professionnelle qui soit.
Au fil de sa carrière, Patrick Pittavino n’a pas accepté tous les projets. Certains ont même été refusés malgré leur ampleur. Non par caprice, mais par exigence.

« Si je n’ai pas assez de garanties pour la sécurité, je ne fais pas. »
Derrière cette position se trouve une conviction simple : aucune scène ne justifie de mettre en danger un animal ou une équipe.
Refuser une scène ou tout un projet peut sembler paradoxal dans un métier où chaque production compte. Pourtant, c’est aussi ce qui construit une crédibilité durable. Cette exigence concerne notamment :
- les scènes impliquant des confrontations physiques ;
- les environnements difficiles à sécuriser ;
- les dispositifs techniques incompatibles avec le bien-être animal.
Dire non n’est pas un frein à la création. Au contraire. C’est souvent la condition pour proposer une alternative plus pertinente, plus maîtrisée, et finalement plus efficace à l’écran
La connaissance de chaque chien, une véritable expertise
Travailler avec des chiens pour le cinéma suppose de connaître leurs capacités, mais aussi leurs limites. Tous les chiens ne sont pas faits pour tous les rôles. Chaque individu possède sa personnalité, son énergie, son rapport au travail.
Un chien qui ne prend pas plaisir à évoluer sur un plateau ne sera jamais forcé. Lors des préparations, plusieurs sujets peuvent être observés et testés. Si l’un d’eux ne montre pas d’aisance, il est écarté. Le plaisir et l’équilibre de l’animal restent centraux.
L’équipe travaille majoritairement avec des chiens formés dès leur plus jeune âge, habitués progressivement à l’environnement du tournage : agitation, lumière, matériel, répétitions. Cette familiarité réduit le stress et garantit des conditions de travail sereines.
Le bien-être animal, une responsabilité professionnelle
La question du bien-être animal est aujourd’hui très présente dans le débat public. Pour les professionnels du terrain, elle ne date pourtant pas d’hier comme le rappelle Patrick.
Élever, former, accompagner des animaux sur plusieurs années crée un lien qui dépasse la simple relation fonctionnelle. La connaissance fine du comportement, des signaux faibles, des capacités physiques et mentales est le fruit de décennies d’expérience.
Cette expertise permet d’évaluer ce qui est faisable, ce qui doit être adapté, et ce qui doit être refusé.
Dans un contexte où les attentes sociétales évoluent, le rôle du professionnel est aussi d’expliquer, de rassurer et de démontrer que rigueur artistique et respect du vivant ne sont pas opposés. Bien au contraire.
La longévité des animaux au sein de la structure, leur suivi, leur adaptation progressive aux projets témoignent d’une approche fondée sur la durée et la responsabilité.

Créer des images fortes ne doit jamais se faire au détriment du vivant. Cette ligne directrice structure l’ensemble des projets menés par l’Équipe Pittavino Leloup.
À l’ère de l’intelligence artificielle, pourquoi choisir de vrais animaux ?
Les technologies numériques transforment le cinéma. Les animaux peuvent désormais être générés ou modifiés à l’écran.
Alors pourquoi continuer à travailler avec de vrais animaux ? Pour Patrick Pittavino, la réponse tient en un mot : le réel.
La présence vivante, irremplaçable à l’écran
Un animal réel ne se contente pas d’exécuter un mouvement. Il occupe l’espace. Il interagit avec la lumière. Il réagit, parfois de manière infime, parfois imprévisible.
Cette part de vivant crée une texture particulière à l’image. Sur un grand écran, dans une salle de cinéma, la différence se perçoit. La respiration, le regard, le poids du corps, la relation avec le comédien : autant d’éléments qui participent à la crédibilité d’une scène.
Les technologies numériques offrent des possibilités impressionnantes. Elles permettent de sécuriser certaines situations ou d’élargir l’imaginaire. Mais elles ne remplacent pas toujours l’impact d’un animal réellement présent sur le plateau.
Pour les équipes artistiques, travailler avec un animal vivant implique une interaction différente. Le jeu se construit dans l’instant. La mise en scène s’adapte à une matière vivante.
L’émotion du spectateur
Le public évolue lui aussi. Les modes de consommation changent. Les écrans se multiplient.
Pourtant, lorsqu’un film mobilise des décors naturels, des acteurs engagés et des animaux réellement présents, l’expérience prend une autre dimension. Le spectateur perçoit instinctivement cette authenticité.
Il ne s’agit pas d’opposer technologie et tradition. L’innovation fait partie du cinéma. Mais lorsque le récit exige authenticité et émotion, la présence d’un animal vivant apporte une profondeur difficilement reproductible.
Un savoir-faire au service de l’avenir
Loin de s’opposer aux évolutions techniques, l’Équipe Pittavino Leloup considère ces transformations comme un contexte avec lequel il faut composer.
Certaines productions combineront réel et numérique. D’autres privilégieront des solutions entièrement physiques. Chaque projet a ses contraintes et ses ambitions. Tant qu’il y aura des réalisateurs en quête de vérité à l’écran, Patrick reste convaincu que le réel aura sa place.
Choisir de vrais animaux, ce n’est pas refuser le progrès. C’est défendre une certaine idée du cinéma : celle d’un art qui repose encore sur la rencontre entre des êtres vivants, une équipe, et un regard.
Transmettre plus qu’un savoir-faire
Un métier qui demande du temps
À l’heure où les formations se multiplient et où l’information circule en permanence, Patrick Pittavino rappelle une réalité souvent oubliée : l’expérience ne se remplace pas.

On peut apprendre des techniques. On peut lire, observer, se former. Mais comprendre véritablement un animal sur un plateau, anticiper une réaction, ajuster une mise en situation, cela demande des années.
« Il faut au moins dix ans pour commencer à savoir de quoi on parle. »
Cette phrase ne traduit pas une fermeture, mais une exigence. Le métier repose sur la patience, la répétition et l’humilité.
Former, pour Patrick Pittavino, n’a jamais été une obligation. C’est un choix. Celui de transmettre un savoir accumulé au fil de centaines de tournages, afin qu’il ne disparaisse pas.
Dans un secteur en constante évolution, cette transmission devient un enjeu central : préserver une culture du travail bien fait tout en l’adaptant aux réalités contemporaines.
Une génération de “mordus”
Au-delà de la technique, un mot traverse tout le parcours de Patrick Pittavino : la passion. Pour lui, ce métier ne peut pas être exercé à moitié.
À ses débuts, ceux qui venaient travailler à ses côtés ne cherchaient ni un statut, ni un salaire confortable, ni une ligne prestigieuse sur un CV. Ils venaient pour apprendre. Pour passer du temps avec les chiens. Pour comprendre, observer, progresser.
« Ils venaient me casser les pieds pour apprendre. »
Ce sont ces profils-là qu’il a choisis d’accompagner. Et parmi eux, Alexandre Leloup.
Alexandre Leloup : une continuité naturelle
Lorsque Alexandre rejoint la structure, il vient d’abord pour travailler avec les chiens. Pour apprendre le dressage, participer à des compétitions.
Progressivement, il découvre l’univers du cinéma, participe aux projets, multiplie les expériences. Ce parcours progressif ancre les compétences dans la pratique.
Aujourd’hui, cette transmission constitue l’un des piliers de l’Équipe Pittavino Leloup. Il ne s’agit pas simplement d’un passage de relais administratif, mais de la continuité d’une culture professionnelle exigeante.
Équipe Pittavino Leloup aujourd’hui : une organisation au service des productions
Après plus de six cents projets, la question n’est plus seulement celle du parcours individuel. Elle devient celle de la continuité.
Depuis plusieurs années, Alexandre a repris l’entreprise. Patrick Pittavino l’accompagne encore, assure les transitions, facilite les mises en relation historiques, mais la structure est désormais entre les mains d’une nouvelle génération.
Ce passage de relais ne marque pas une rupture. Il illustre une évolution.
D’une structure artisanale à une organisation structurée
L’activité a changé d’échelle. Là où Patrick travaillait initialement seul, la structure peut aujourd’hui accompagner plusieurs productions simultanément. Les productions se chevauchent. Les demandes sont plus nombreuses, parfois plus rapides. La logistique est plus dense. La gestion humaine devient un enjeu central.
Le métier conserve son cœur artistique, mais il intègre désormais des dimensions entrepreneuriales incontournables.

Une adaptation permanente aux évolutions du secteur
Le contexte du cinéma a profondément évolué en quarante ans. Les interlocuteurs ont changé. Les rythmes de production se sont accélérés. Les contraintes budgétaires sont plus présentes sur certains projets. Les exigences réglementaires se sont renforcées.
Face à cela, la structure Pittavino-Leloup s’est adaptée. La capacité à dialoguer avec des profils variés (producteurs, directeurs de production, assistants, régisseurs, plateformes, productions internationales…) fait aujourd’hui partie intégrante du métier.
Comprendre les nouveaux circuits de décision est devenu aussi important que comprendre le comportement animal.
Continuité d’une culture, ouverture vers l’avenir
Si l’organisation évolue, l’ADN demeure :
- le soin apporté à la sélection des chiens ;
- la préparation minutieuse des scènes ;
- la recherche de solutions créatives adaptées aux contraintes ;
- l’exigence de sécurité.
Alexandre s’inscrit dans cette continuité, tout en développant sa propre manière de diriger et de structurer l’équipe.
Le défi n’est pas de reproduire le passé à l’identique, mais de préserver l’essentiel : une culture du cinéma animalier fondée sur l’expertise, la passion et la responsabilité.
