Alexandre Leloup et Bobby : comment préparer un chien handicapé pour un tournage de cinéma ?

Comment préparer un chien handicapé pour un tournage cinéma ? C’est le défi auquel Alexandre Leloup a dû répondre quand Jérémy Ferrari a fait un choix surprenant pour son film Les K d’or : tourner avec un vrai chien à trois pattes, sans effets numériques. Bobby, chien errant au Maroc, amputé d’une patte après un accident de voiture, allait devenir acteur. Une aventure qui ira bien au-delà du tournage, jusqu’à la création de l’association Hey Bobby, engagée pour les animaux handicapés en refuge.

Un choix radical : tourner avec un vrai chien handicapé plutôt qu’un effet numérique

Pour son premier long métrage Les K d’or, Jérémy Ferrari ne voulait pas faire les choses à moitié. Dès l’écriture du scénario, un personnage s’impose comme une évidence : un chien à trois pattes. Un choix fort, presque déroutant, qui soulève rapidement des questions concrètes côté production.

La solution la plus simple aurait été d’utiliser un chien valide, puis de supprimer numériquement une patte en post-production, une technique classique, maîtrisée, sans risque. Mais pour le réalisateur ce n’était pas envisageable. Il voulait un animal réel, avec sa démarche singulière, son équilibre particulier, sa présence authentique.

Ce positionnement surprend au point que certains producteurs croient d’abord à une plaisanterie. Pourtant, la vision est claire : ancrer le film dans un réalisme concret, même au cœur d’une comédie. La mission est confiée à Alexandre Leloup, coordinateur animalier de l’Équipe Pittavino Leloup. Problème : aucun chien correspondant à ce profil n’existe dans les circuits habituels. Il faut chercher ailleurs, dans les refuges, en France, puis à l’étranger.

Bobby pose à côté du clap du film Les K d'Or

Bobby, chien handicapé à trois pattes : du refuge marocain aux plateaux de cinéma

Avant de devenir l’un des personnages marquants des K d’or, Bobby était un chien errant sans histoire particulière. C’est un accident de voiture, alors qu’il n’a qu’un an, qui change tout. Deux pattes sont touchées : l’une est amputée, l’autre se ressoude tant bien que mal. Bobby apprend à se déplacer sur trois pattes, recueilli d’abord par une structure locale, puis pris en charge par l’association l’Homme et son Chien.

Jérémy Ferrari accroupi en train de caresser Bobby

C’est là que l’équipe du film le trouve. Sur le papier, il ne correspond à aucun standard du cinéma animalier : pas dressé, peu habitué au contact humain, marqué par des mois de refuge. Mais Alexandre Leloup est convaincu de son choix et Jérémy Ferrari voit tout de suite le potentiel de ce chien hors norme :

  • une présence immédiate ;
  • un regard ;
  • une résilience visible dans chaque déplacement.

Le pari est fait : ce sera Bobby !

Alexandre prend alors les choses en main. Il choisit de partir de ce que Bobby est, avec son histoire et ses fragilités, et de construire une préparation entièrement sur mesure. Le chien est rapatrié en France. Alexandre décide de l’adopter et de l’accueillir au sein de sa famille pour lui permettre de retrouver confiance, condition indispensable avant même de penser au tournage.

Préparer un chien tripatte pour le cinéma : une méthode entièrement repensée

Former un chien pour le cinéma demande déjà une préparation spécifique. Avec Bobby, le défi va plus loin. Il ne s’agit pas d’enseigner des comportements standardisés, mais de composer avec un passé difficile, un handicap physique réel, et une relation à l’humain encore fragile.

La première étape n’est donc pas technique : elle est relationnelle. À son arrivée, Bobby est méfiant, peu réactif, peu habitué aux interactions. Avant toute chose, Alexandre Leloup instaure une routine stable, multiplie les expériences positives, crée un environnement rassurant. L’objectif n’est pas d’imposer un cadre, mais de donner à Bobby envie d’interagir.

Une fois ce lien établi, l’apprentissage peut commencer, mais de façon adaptée. Avec trois pattes, chaque exercice doit être repensé : les déplacements, l’équilibre, les positions. Certaines actions sont évitées, d’autres modifiées. Les séances sont courtes, espacées et toujours positives. On valorise chaque progression, aussi minime soit-elle, sans jamais forcer.

Répétition de Bobby et Alexandre avec les acteurs principaux du film les K d'Or

Bobby doit également s’habituer à l’environnement d’un plateau : lumières, caméras, équipes techniques, agitation permanente. Cette phase d’acclimatation est progressive et sans pression. On recrée des situations proches du tournage, on anticipe les réactions, on ajuste. Il ne s’agit pas de contrôler le chien, mais de lui permettre d’évoluer librement dans un cadre sécurisé pour pouvoir capturer à l’image des comportements naturels, impossibles à simuler.

Tourner avec un chien handicapé : organisation et bien-être

Sur un plateau de cinéma, tout s’enchaîne rapidement. Les scènes se répètent, les équipes se succèdent, les contraintes techniques s’imposent. Travailler avec Bobby dans ce contexte demande une organisation entièrement repensée.

Bobby et Alexandre avec l'équipe de tournage dans le désert

Son handicap entraîne une fatigue plus rapide et des déplacements différents. Le rythme des journées est donc ajusté : 

  • pauses plus fréquentes ;
  • temps de récupération respectés ;
  • vigilance constante sur ses signaux de fatigue. 

Certaines scènes sont pensées en fonction de ce qu’il peut donner, au moment où il peut le donner et non l’inverse.

La logistique elle-même est adaptée. Pour éviter le stress de l’avion, Bobby rejoint le tournage au Maroc en voiture, dans un véhicule climatisé. Sur place, des espaces calmes sont aménagés entre les prises. Il dort à l’hôtel avec son maître et éducateur Alexandre, à l’écart de l’agitation du plateau.

Malgré ces contraintes, Bobby s’intègre pleinement à l’équipe. Il crée du lien, s’impose comme une présence, devient une sorte de partenaire informel pour toute l’équipe. Et c’est précisément parce que son rythme est respecté que les images gagnent en sincérité : Bobby ne joue pas un rôle. Il est simplement lui-même, dans un cadre qui le lui permet.

Au-delà du tournage : de Bobby à l'engagement pour les animaux handicapés

Au fil du tournage, une réalité s’impose : Bobby n’est pas une exception. Il représente des milliers d’animaux blessés, amputés ou handicapés qui restent en refuge pendant des mois, parfois des années voire jusqu’à la fin de leur vie. Non pas parce qu’ils ne peuvent pas vivre normalement, mais parce qu’ils ne correspondent pas aux critères habituels d’adoption. Leur prise en charge est plus complexe : soins vétérinaires spécifiques, suivi sur le long terme, équipements adaptés comme des prothèses ou des chariots. Autant de coûts que la plupart des structures d’accueil peinent à absorber.

Face à ce constat, Alexandre Leloup et Jérémy Ferrari décident d’agir. Ils créent ensemble l’association Hey Bobby, dont Alexandre assure la présidence. Jérémy en est le parrain, mobilisant sa notoriété pour lui donner de la visibilité. D’autres personnalités, comme les humoristes Florence Foresti et Paul Mirabel, soutiennent rapidement l’initiative.

L’association accompagne financièrement les structures qui accueillent ces animaux :

  • participation aux frais vétérinaires ;
  • financement d’équipements adaptés ;
  • constitution d’un réseau de professionnels pour améliorer leur prise en charge.

Mais son objectif va au-delà du soutien matériel : changer le regard sur le handicap animal.

Adopter un chien handicapé demande parfois plus d’attention, et dans certains cas, la durée de vie peut être impactée. Mais cela ne définit pas l’animal. Ces chiens jouent, s’attachent, créent des liens forts, vivent pleinement. Bobby en est la démonstration concrète et c’est à travers lui que cette cause gagne aujourd’hui en visibilité.

Bobby a prouvé qu’un chien handicapé peut jouer, travailler, créer du lien… et même voler la vedette sur grand écran. Mais il reste l’exception. Des milliers d’animaux comme lui attendent dans des refuges, souvent ignorés parce que leur prise en charge semble trop complexe ou trop coûteuse. C’est exactement ce que l’association Hey Bobby cherche à changer. 

Alexandre Leloup et Bobby posent dans un cinéma devant l'affiche du film Les K d'Or

Si cette histoire vous a touché, vous pouvez agir concrètement, en faisant un don, en partageant la démarche, ou simplement en envisageant différemment votre prochain choix d’adoption. Bobby n’avait rien d’un chien « parfait ». C’est peut-être pour ça qu’il est inoubliable.

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